ACAPULCO – Résidence | 3 > 7 novembre 2026

Au Leurre la semaine dernière : LA RÉSIDENCE Acapulco – En attendant le Mexique

Imprégné de la lecture du livre La Voix sombre de l’autrice japonaise Ryoko Sekiguchi, qui explore par fragments la prodigiosité de la voix, Victor Duclos a souhaité créer un spectacle sur l’oralité. Il se tourne alors vers Daphné Mauger, danseuse et assistante chorégraphe, notamment pour Philippe Decouflé ; Bénédicte Lesenne, comédienne dans la prochaine pièce au MTG de Grenoble On n’est pas assez nombreux pour jouer Shakespeare, et Pierre Daubigny, scénographe et créateur lumière. Tous ont été intéressés pour travailler sur la voix, la transmission et la perte.

Une semaine d’exploration faite de tentatives et de prémices d’écriture qui s’est achevée par une ultime session d’improvisation où leurs regards se sont cherchés, et quand ils ont trouvé un terrain d’accord ou une confiance suffisante, se sont laissés entraîner par les propositions des un.e.s et des autres. L’hyper vigilance dans laquelle chacun était plongé a permis aux corps, aux mots, aux sons de dialoguer, de s’accorder, d’avancer, sous l’oreille discrète d’un micro qui a enregistré chaque session de travail. Ont alors été enregistrés les corps qui s’étiraient au rythme des cloches de l’église voisine ; leurs échanges sur leur mère et des souvenirs d’une robe rouge, si rouge que « c’était l’été tout le temps », une plume voletant dans l’air se trouve chassée puis soudain gobée, et le corps tombé, mimant la mort, fait dire à tous les « survivants » qu’“il faut toujours un mort ». Puis, marchant en contournant le corps de celui tombé à terre, des voix s’élèvent « le temps se perd, mais où ? dans la mémoire, dans l’oubli », jusqu’au crissement de l’allumette allumant une bougie, feu autour duquel une lettre s’écrit à voix basse.

Évoluant dans les 24 mètres carrés de la pièce du Leurre, les artistes ont fait de ces murs leur lieu d’enfermement fertile : souhaitant la revisiter différemment chaque jour, leurs multiples improvisations ont donné lieu à un travail approfondi sur l’espace donc, mais aussi la lumière : et pour mieux comprendre la lumière, il leur a fallu expérimenter le noir, faire des improvisations rideaux tirés, avant que Pierre Daubigny n’allume des points de lumière, lui qui connaît si bien l’apparition du clair et de l’obscur.

Outre quelques rares motifs réutilisés (une obsession pour le nombre 14, la mort d’un des personnages à chacune de leurs séances de travail…), les improvisations sont totales, et totalement libres. L’enjeu du spectacle ne sera pas un message direct, mais une recherche active, à la fois ténue et profonde qui permet d’envisager la voix comme une extension du corps apparaissant devant nous dans sa présence-même. Comme l’écrit Ryoko Sekiguchi, « le grain de la voix équivaut au grain de beauté, aux rides, aux taches, aux muscles et au corps. Le teint de la peau, les articulations qui se déplient, les cils qui frémissent, les cheveux qu’on touche, le mouvement des lèvres qui articulent cette voix. »

La petite troupe a donc, une semaine durant, apprivoisé au long cours le processus de création du prochain spectacle du Leurre, Acapulco, qui verra le jour en 2027 afin d’embarquer le public dans un ailleurs poétique.

Dans le prolongement de ce processus créatif, une prochaine résidence se tiendra du 15 au 19 décembre aux Herbiers avec une ouverture au public tous les jours de 15h30 à 17h. Puis, à l’heure du goûter le 19 décembre, la porte des Herbiers sera également ouverte pour une conclusion festive et découvrir une escale de travail d’Acapulco.

Le regard d’Apolline Limosino